Selon une étude WatchGuard Technologies menée en avril auprès de 684 salariés de PME et d'ETI dans huit pays, dont la France, 64 % des employés recourent à des outils d'intelligence artificielle non validés par leur direction. Moins de 30 % des organisations interrogées tiennent un inventaire de ces logiciels.

Votre entreprise fait donc peut-être partie des 64 % de celles qui ont adopté ChatGPT ou Claude par choix, comme outil de travail. Mais ce que vous savez et maîtrisez moins bien, c'est que vos salariés ou collaborateurs les utilise aussi par la porte de service, dès que l'un d'eux crée un compte personnel ou s'y connecte sur son poste de travail. Ce compte n'est soumis à aucun contrôle technique de votre système d'information.
C'est ainsi que le salarié transmet sans le savoir, un devis ou un fichier client hors de votre zone sécurisée, sans laisser de trace pour votre service informatique, s'il en existe un. Chaque donnée personnelle contenue dans ces échanges est pourtant soumise au RGPD, que l'entreprise l'ait autorisé ou non.
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Les compte personnels de vos salariés sont-ils verrouillés ?
L'étude WatchGuard que nous avons relayée sur Clubic nous apprend que moins de 30 % des organisations sont dotés d'un inventaire des outils d'IA utilisés par leurs équipes, et près de quatre entreprises sur dix ignorent quelles applications elles utilisent réellement. 58 % des utilisateurs professionnels d'IA générative travaillent sans charte ni cadre défini par leur employeur, selon une étude Salesforce menée en France en 2025. Par exemple Chez Impact AI, un regroupement d'entreprises françaises du secteur, la proportion est plus faible encore. Seulement 9 % des salariés disposaient cette année-là d'une charte éthique ou d'un interlocuteur dédié.
Une autre étude, celle d'Okta, rapporte que la France est malgré tout le pays où ce phénomène de contournement est le moins répandu au monde, loin derrière la moyenne mondiale de 52 %. Votre ignorez donc souvent par où transitent vos données les plus sensibles.
En cas de piratage de l'ordinateur d'un de vos salariés, l'attaquant peut très bien retrouver dans l'historique du navigateur des mois de conversations avec un assistant IA, même longtemps après son départ.
La CNIL a publié l'an dernier de nouvelles recommandations sur l'intelligence artificielle générative. Elle demande aux entreprises d'informer les personnes concernées quand leurs données personnelles sont susceptibles d'être mémorisées par un modèle, et de leur donner les moyens d'exercer leurs droits d'accès et de rectification, même quand un salarié a utilisé un compte personnel pour l'échange. Ces échanges peuvent aussi intéresser des groupes extérieurs à votre entreprise.
L'ANSSI a recensé en février dernier 42 groupes de pirates informatiques qui exploitaient l'IA pour préparer leurs attaques. Des groupes nord-coréens, Lazarus par exemple, fabriquent de faux profils professionnels sur les réseaux sociaux pour approcher leurs cibles. Des versions détournées, WormGPT ou FraudGPT par exemple, circulent sur des forums clandestins sans aucune limite de sécurité, pour l'équivalent d'une centaine d'euros par mois.
Le fragile Microsoft Copilot et ses deux failles en un an
Remontons en 2025. Aim Security a découvert une faille de Microsoft 365 Copilot, EchoLeak, savant mélange de contenu dissimulé dans un e-mail ordinaire et un contournement des filtres de sécurité censés bloquer ce type d'instruction cachée. Un attaquant peut envoyer un courriel piégé, sans qu'aucun clic ne soit nécessaire de la part de la victime, et faire réciter à l'assistant IA le contenu des messages et des fichiers professionnels auxquels il a accès. Microsoft a corrigé cette faille.
Mais seulement sept mois plus tard, Microsoft a signalé un autre incident, dans Copilot Chat, intégré à Outlook. Dans les dossiers Envoyés et Brouillons, les courriels marqués confidentiels étaient toutefois accessibles à l'assistant, en raison d'une erreur de code que Microsoft a corrigée à partir de février.
La firme de Redmond n'a pas communiqué le nombre d'organisations touchées par ce second incident. Mais tout de même, deux failles en moins d'un an, c'est une alerte pour votre entreprise que vos protection ne peut pas tout voir. Vous pouvez payer un outil très cher sans empêcher pour autant l'exposition de vos informations les plus sensibles, même si aucun salarié n'a commis d'erreur.
Quid des assistants de code ?
Dans certains cas, un assistant de code peut recommander l'installation d'un paquet logiciel inexistant. Les chercheurs en sécurité appellent ce mécanisme le slopsquatting. Sans le savoir, un développeur installe alors le paquet malveillant qu'un attaquant a déposé. Un agent IA autonome, laissé sans validation humaine est capable de faire de même.
Entre le 4 et le 6 août, le chercheur en sécurité Paul McCarty a recensé près de 800 paquets de ce type sur le gestionnaire npm. La quasi-totalité des sites web et applications construits avec Node.js dépendent de cette plateforme pour installer leurs briques logicielles. Un faux module imitait un service légitime de paiement mobile sous le nom « checkout-mobile-bnpl ».
Au moment de son importation, il déclenchait le téléchargement d'un logiciel malveillant adapté au système d'exploitation de la victime. Sans connexion directe disponible, il envoyait ces données par tunnelage DNS, dissimulées dans des requêtes ordinaires. L'éditeur Sonatype fait le lien entre cette campagne et une précédente survenue au printemps. Cette vague avait infecté plus de 250 paquets.
Vous pouvez donc commander un site marchand à un prestataire externe, sans jamais savoir si son code contient des paquets de ce type.
Reprenez en main sur vos outils d'IA
En plus de tous les conseils que nous vous distillons, Cconsultez le guide de l'ANSSI qui rassemble 35 recommandations pour sécuriser un système d'IA générative.
Rédigez ensuite une charte interne dans laquelle vous précisez quels outils vos salariés peuvent utiliser, et avec quelles données. Faites-la signer par chaque nouvel arrivant.
Dressez l'inventaire des outils d'IA réellement utilisés dans votre entreprise, poste par poste si besoin, plutôt que de vous fier aux seuls logiciels achetés officiellement. Limitez les autorisations d'accès de Copilot ou de tout autre assistant intégré aux seuls dossiers strictement nécessaires à leur fonction.
Journalisez l'activité de ces assistants pour repérer une consultation anormale de vos dossiers confidentiels. L'ANSSI en fait l'une de ses recommandations. Faites relire systématiquement tout code produit par un assistant IA avant de le déployer. Vérifiez le nom de chaque nouveau paquet sur le site officiel du gestionnaire concerné avant de l'installer.
N'automatisez jamais une action critique pour votre activité, un virement ou une commande fournisseur par exemple, sans validation humaine.
Si votre PME héberge un outil d'IA en interne, privilégiez un hébergeur qualifié SecNumCloud par l'ANSSI plutôt qu'une offre grand public non qualifiée.
Organisez une session de sensibilisation avant d'introduire un nouvel outil dans vos équipes sans attendre le premier incident.
Enfin, informez vos salariés de leurs droits sur les données personnelles qu'ils confient à ces outils. La CNIL l'exige depuis le 7 février 2025.